Phoenix – Shonen

Cadre

La pièce de danse contemporaine « Phoenix » est une création du chorégraphe Eric Minh Cuong Castaing de la compagnie Shonen dont voici un teaser.

Le drone

Jpeg

Cette pièce traite en partie les problématiques liées au « drone », juridiquement objet volant sans pilote et métaphysiquement très chargé.

Je travaille dans cette pièce avant tout la matière du drone, l’objet volant, l’objet tranchant et le point de vue unique qu’il offre. Après avoir essayé de but en blanc de designer un drone autonome open-source, je me suis heurté à de nombreuses problématiques de design :

Voler

Le drone permet d’explorer la troisième dimension sur un plateau de danse avec une certaine qualité de mouvement. Il a été vite décidé de travailler avant tout avec des pilotes expérimentés de drone et pour ma part, d’apprendre à piloter sérieusement. C’est notamment grâce à cette première étape que l’on comprend et ressent les problématiques du drone. Cela permet aussi surtout de travailler l’esthétique du drone très vite en résidence sans trop de complexité. C’est enfin un espace et un temps privilégié qui s’ouvre quand un pilote de drone pilote à l’écoute du corps d’un interprète.

La sécurité du public et des danseurs

Un drone quadrimoteur, c’est un engin dangereux car possédant des hélices tournant à très haute vitesse. Pour éviter les accidents et garantir la sécurité de tous, il existe de nombreuses solutions comme le filet entre la scène et le public, les lunettes de protection pour les danseurs et utiliser des drones « jouets » non dangereux.

Autonomie énergétique

Les drones sont alimentés de batteries. Pour augmenter le temps de vol, il suffit d’avoir des batteries de capacité plus importante. Cependant, plus la batterie a une grosse capacité, plus elle pèse lourd et plus il faudra faire tourner les moteurs vite pour compenser, plus le drone va donc consommer. C’est donc un juste milieu à trouver en dimensionnant la masse du drone et en faisant une veille technologique sur les batteries.

Localisation

Le drone peut aussi être robotisé et s’affranchir du pilote. Cette option est encore à l’étude puisqu’elle est assez complexe et de nombreux laboratoires travaillent dessus. Le plus grand challenge ici est la localisation. Sur scène, à cause du plafond, le signal GPS ne passe pas. Pour savoir où le drone se situe, il faut donc un GPS d’intérieur. De nombreuses technologie existent comme la localisation visuelle de tags, le GPS par UWB mais pour le moment, nous privilégions une solution dans l’infrarouge.

L’autonomie du drone peut aussi être complémentaire du pilotage manuel. Il existe de nombreuses manoeuvres difficiles à faire en manuel comme le pilotage ultra-lent, les lignes droites ou encore le stationnaire parfait qui pourraient être assistées par ordinateur.

Le bruit

Les drones, équipés de leurs quatre moteurs font beaucoup de bruit. Il s’agit ici de travailler sur ce bruit quadriphonique. La note fondamentale créée par une hélice n’est fonction que de sa vitesse de rotation et du nombre de pales. D’autres notes apparaissent à cause d’autres phénomènes comme les vortex créés par les hélices qui peuvent interférer avec le mouvement global du drone ou par le flot d’un autre drone. Ou encore par phasing entre drone ou avec le chant de danseurs. Le son du drone est donc un objet de recherche passionnant.

L’immersion

Lors d’une séance de travail au Ballet National de Marseille, nous avons pu invité le pilote Quentin Galiani qui pilote en First Person View (FPV) c’est à dire comme s’il était à bord du drone. Cela créé un rapport au danseur animal puisque le drone est lié au danseur par son champ de vision.

Le drone téléopéré

La pièce Phoenix va aussi travailler sur le drone téléopéré à longue distance : le Liban. Après une résidence à Beyrouth, il s’avère que ce pays est une clé de questionnement sur notre monde qui est toujours beaucoup plus complexe qu’on ne le crois. On y apprend que toute réponse est dangereuse. Le prisme du drone, sélécteur, indiscret, invincible, mais capable de prendre de l’altitude laisse l’imaginaire faire son travail.

Ainsi, nous allons mettre en place une chaine de visioconférence entre d’un côté la salle de représentation et de l’autre un drone à Beyrouth, le tout en streaming-live. Le challenge technique est assez lourd et va demander de faire appel aux dernières technologies de l’internet des objets et de la miniaturisation.